Marian Turski awarded French Legion of Honor

 

Congratulations to historian and journalist Marian Turski, Chairman of the Council for the Museum of the History of Polish Jews, who has been awarded the French National Order of the Legion of Honor.

Turski, 86, survived the Lodz Ghetto and Auschwitz and is an active member of the International Auschwitz Council.

French Ambassador to Poland Francois Barry Delongchamps presented the award to Turski, at a ceremony in Warsaw on Monday, citing Turski’s long career “fighting for memory” as part of his commitment to promoting Polish-Jewish understanding.

 

Here is the text of Ambassador Delognchamps address when presenting the award:

Monsieur le Président,

Cher Marian Turski,

C’est avec une émotion que j’aurais du mal à dissimuler que j’ai le plaisir de vous recevoir aujourd’hui, vous et votre épouse Halina, entourés de votre fille Joanna, de vos petits-enfants et de vos amis nombreux. Le moment est pour moi l’un des plus intenses de mon séjour en Pologne. Je suis terriblement heureux de le partager avec tous vos amis qui sont ici, et tous les autres, tellement d’autres…

Votre vie pourrait inspirer les plus grands réalisateurs. Vous êtes né le 26 juin 1926 à Druskienniki, alors en territoire polonais, aujourd’hui en Lituanie.

Vous avez 13 ans, vous venez de célébrer votre Bar Mitsvah à Łódź, quand la Seconde Guerre mondiale éclate, le 1er septembre 1939. Vous êtes enfermé par les Allemands dans le ghetto de la ville annexée au Reich sous le nom de Litzmannstadt, dès le mois de novembre. Vous y survivrez jusqu’à la liquidation du ghetto, en août 1944. Le reste de votre famille, vos parents et votre frère, sont déportés à Auschwitz dès les premiers convois. Vos responsabilités dans l’organisation clandestine « Lewica Związkowa » vous amènent à échapper aux premières rafles. Vous ne serez déporté qu’avec les derniers convois, à la toute fin du mois d’août 1944. Vous avez 18 ans – c’est sans doute ce qui vous vaudra de passer le crible de la « sélection » sur la rampe de Birkenau. Votre père et votre frère – de 6 ans votre cadet – ont connu, eux, un sort différent : ils ont été gazés dès leur arrivée dans cette usine de la mort.

En janvier 1945, face à l’arrivée imminente de l’Armée rouge, vos bourreaux évacuent Auschwitz. Vous survivez à une première « marche de la mort » qui vous déplace à Buchenwald. En avril, à l’approche des troupes américaines, vous survivez encore à une seconde « marche de la mort » vers Theresienstadt. C’est là, malade du typhus, que vous serez « libéré » par les Soviétiques. Vous passerez votre convalescence dans le sud de la Pologne. Par un heureux concours de circonstances, votre mère – qui fut déplacée au camp de Bergen-Belsen – apprend que vous aussi, vous avez survécu.

A votre retour en Pologne, votre patrie n’est plus la même – et je ne parle pas seulement de ses frontières. La Pologne, qui avait été un refuge pour le peuple juif dès le Moyen-âge, comptait plus de 3 millions de Juifs en 1939. 90% d’entre eux ont été exterminés durant la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup de Juifs de Pologne qui ont survécu à la Shoah, le doivent à leur exil en Union Soviétique après l’invasion des troupes d’Hitler. Ils étaient 200 000 dans ce cas. La Pologne est différente, car elle a été le théâtre de la solution finale. C’est un pays victime, victime de deux totalitarismes. Mais c’est aussi le pays témoin de la Shoah. C’est le pays qui compte le plus de « Justes parmi les Nations ». Mais c’est aussi le pays des pogroms de Jedwabne, en 1941, et de Kielce – en 1946.

Vous faites pourtant le choix singulier de rester en Pologne, quand la majorité des Juifs polonais rescapés sont poussés à l’exil. Certains partent en Terre promise pour construire l’Etat d’Israël. C’était la volonté de votre père, sioniste, avant guerre. Vous faites un choix différent. Animé par vos idées, vous rejoignez en 1945 les rangs de la Jeunesse communiste. Puis vous travaillez pour le département de la presse polonaise du Parti communiste polonais. En 1958, votre passion pour l’histoire et votre talent de conteur vous conduisent à prendre la direction des pages histoire de l’hebdomadaire Polityka, où vous travaillez encore aujourd’hui, après 54 ans ! Le magazine fonctionne d’ailleurs comme une coopérative ouvrière – ce n’est sans doute pas un hasard !

Vous qui vous définissez comme un Juif laïc, vous êtes paradoxalement devenu une personnalité incontournable de la petite communauté juive polonaise survivante – réduite aujourd’hui à 1 pour 1 000 de ce qu’elle était en 1939. C’est votre premier séjour en Israël, en 1985, qui vous fait prendre pleinement conscience de votre identité juive. Vous venez participer, aux côtés de Wladyslaw Bartoszewski, Jan Błoński et Jerzy Turowicz, à une conférence sur les relations polono-juives.

C’est à partir de ce moment-là que vous devenez précisément un artisan du dialogue polono-juif, notamment à travers votre investissement dans les relations polono-israéliennes.

A la même époque, Jan Błoński, publie son célèbre article « Biedni Polacy patrzą na getto » (Les pauvres Polonais regardent le ghetto). C’est un long et douloureux processus de catharsis qui s’amorce alors en Pologne, engagé dès 1943 par Czesław Miłosz dans son célèbre poème « Campo di Fiori ».

Marian Turski, vous êtes ainsi devenu un « gardien de la mémoire ». Car l’entreprise criminelle nazie n’a pas seulement commis un crime contre l’humanité. Elle n’a pas seulement travaillé à la destruction des Juifs d’Europe. Elle s’est aussi acharnée à effacer leurs traces dans l’histoire. Ce combat pour la mémoire, c’est le combat qui vous anime désormais.

Non par désir de vengeance, mais pour rappeler le souvenir de ceux qui ont été assassinés, le souvenir des vôtres, qui sont morts sans sépulture. Pour ne pas qu’ils tombent dans l’oubli, pour ne pas qu’ils soient assassinés une deuxième fois, comme le disait si bien Pierre Vidal-Naquet.

Votre engagement militant dans une organisation clandestine dans le ghetto de Łódź se poursuit naturellement après guerre. Vous êtes le cofondateur de « Stowarzyszenie Żydów Kombatantów i Poszkodowanych w Drugiej Wojnie Światowej » (l’Association des combattants et des victimes juifs de la Seconde Guerre mondiale) – dont je salue ici le Président, M. Tomasz Miedziński. Votre association se bat notamment contre le stéréotype des Juifs qui se seraient laissés conduire passivement à la mort.

Vous rappelez qu’ils se sont battus, qu’ils ont résisté, à l’instar de Mordechaï Anielewicz et de Marek Edelman. Vous rappelez que plus de 200 000 Juifs polonais ont combattu pratiquement sur tous les fronts de la Seconde Guerre mondiale.

Marian Turski, ce combat pour la mémoire, c’est aussi le sens de votre engagement au sein du Conseil international d’Auschwitz. Vous faites entendre, dans cette enceinte, la voix des anciens déportés juifs. Vous œuvrez ainsi au témoignage de la Shoah en direction des jeunes générations. Je tiens ici à rappeler que la France partage votre combat : la France a décidé de contribuer au Fonds perpétuel mis en place à l’initiative du professeur Władysław Bartoszewski.

Marian Turski, votre combat pour la mémoire, c’est aussi le sens de votre engagement à la tête de « Stowarzyszenie Żydowski Instytut Historyczny » (l’Association Institut historique juif). C’est à travers cette association que vous portez, depuis plus de quinze ans, le projet essentiel de création du Musée d’histoire des Juifs de Pologne. Vous avez voulu, au-delà de la mémoire de la Shoah, faire de ce musée un musée de la vie. Vous voulez donner à voir aux visiteurs les mille ans d’histoire des Juifs en Pologne. Ce beau projet, qui a reçu le soutien du Président de la République, sera inauguré dans un an pratiquement, à l’occasion du 70ème anniversaire de l’Insurrection du Ghetto de Varsovie, le 19 avril 2013.

Marian Turski, votre combat a touché les plus hautes autorités de mon pays, qui est aussi celui qui rassemble aujourd’hui la troisième communauté juive au monde. Le Président de la République m’a demandé de le remplacer auprès de vous pour vous témoigner notre affection, notre respect, notre admiration.

Marian Turski, au nom du Président de la République, je vous fais Officier de la Légion d’honneur.

 

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